Livre ‘Excusez-moi, je suis en deuil’

Dans leur livre ‘Excusez-moi, je suis en deuil’, le prêtre et psychologue québécois Jean Monbourquette et la conseillère en relation d’aide Isabelle d’Aspremont passent en revue les éléments fondamentaux du deuil et offrent des conseils pratiques pour mieux le surmonter. Ils partent du constat que la mort et le deuil ne sont plus les bienvenus dans les conversations et sont souvent relégués dans le cabinet d’un psychothérapeute. Certains endeuillés sont parfois même confrontés au rejet social ou à la médicalisation de leur deuil (antidépresseurs), ce qui risque de nuire à l’évolution normale du processus de deuil.

Les auteurs s’inquiètent également de la disparition des rituels, qui serait due à l’avènement de la productivité, de la rentabilisation du temps et de l’individualisme, mais aussi au déclin de la religion. Les rites funéraires aident pourtant à accepter la mort ; celle du défunt mais aussi sa propre mortalité. Auparavant, les rites étaient assurés par la communauté pour soulager la famille. Maintenant, les familles sous le choc, démunies, doivent se débrouiller tant bien que mal. Les auteurs insistent toutefois sur le fait que les rites ne sont pas non plus une panacée : la souffrance nécessite un accompagnement social et psychothérapeutique, notamment par le biais de groupes d’entraide.

« Luce Des Aulniers, anthropologue au Centre d’études sur la mort à l’UQAM, déplore aussi le fait que les rites funéraires soient désocialisés, que les gens s’excusent même, une semaine après les obsèques d’un proche, de montrer leurs larmes en public. Les endeuillés se sentent coupables de créer un climat de morbidité et de tristesse autour d’eux, ils ne se donnent pas le temps de traverser leur deuil : The show must go on. »

Le livre est divisé en plusieurs chapitres qui expliquent ce qu’est le deuil et quels sont les types de deuil. Les auteurs considèrent qu’il existe huit étapes de deuil.

1.  Le trauma et le choc : le gel des émotions et la confusion permettent au deuilleur de gérer la situation. Parler de façon répétée de l’événement entourant la mort du proche peut aider.

« Il arrive qu’on veuille démontrer à quel point on aimait le défunt en manifestant une immense tristesse. Au contraire, le naturel est de mise dans ces moments. Il y a un temps pour pleurer et se plaindre, et des temps pour se réjouir, pour rire, pour profiter des courts moments de bonheur, pour savourer la beauté de la nature, etc. »

2. Le déni : des résistances cognitives et émotives peuvent mener à une hyperactivité.

3. L’expression des émotions (tristesse, colère) et des sentiments (culpabilité, lamentation) : ceux-ci peuvent avoir des répercussions physiques. Il est important de les exprimer malgré les injonctions de l’entourage (sois fort(e), ne pleure pas).

« Le carrousel émotif s’atténue à mesure qu’on a l’occasion de l’exprimer en mots. »

4. La réalisation des tâches concrètes liées au deuil : elles contribuent à la reconnaissance du mort et font progresser le travail du deuil.

5. La quête d’un sens à la perte : elle permet d’éviter que la vie semble absurde et injuste. Il est important de relativiser, de profiter de chaque instant.

6. L’échange des pardons : pardonner les actes ou attitudes voire le départ du proche permet d’atténuer la colère et pardonner ses propres fautes permet d’atténuer la culpabilité.

7. Le « laisser partir ».

8. L’héritage : lorsqu’on a pu intégrer le défunt en soi.

« La personne en deuil a toutes les chances de s’approprier, pour sa croissance personnelle, les qualités, les talents et les idéaux que l’autre possédait. A la condition, bien sûr, de consentir au départ définitif de l’être aimé. Grâce à l’héritage, la personne se retrouve enrichie, gratifiée, comblée d’une nouvelle présence de l’être aimé décédé, non pas à l’extérieur de soi, mais à l’intérieur. »

Dans le chapitre sur les facteurs influençant l’évolution d’un deuil, les auteurs distinguent deux principales formes d’attachement, à savoir celui par amitié et celui par fusion (parents, enfants, conjoint, frère, sœur). Selon eux, il faut d’ailleurs pouvoir faire la différence entre la valeur objective du défunt et les pertes liées à sa mort (confident, protecteur, amoureux, partenaire d’une passion). La manière dont la personne est morte est aussi déterminante, tout comme la manière dont est soutenu le deuilleur par son entourage.

« Faire un deuil consiste moins à laisser partir la personne, l’animal ou la chose aimée qu’à abandonner tous les rêves, les désirs, les phantasmes dans lesquels on l’avait, consciemment ou non, enfermé. »

Les auteurs abordent ensuite les deuils compliqués (deuil périnatal, relation secrète, suicide, disparition, etc.), avant de se pencher sur l’importance des rituels personnalisés à mettre en place et de la participation à des groupes d’entraide.

Ce livre est très complet et mérite sa place dans les livres à lire en priorité après le décès d’un proche.

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